Le tambour sacré de Côte dIvoire revient leçons du Kenya pour transformer des viesImage from Le tambour sacré de Côte dIvoire revient leçons du Kenya pour transformer des vies

Le Parlement français a adopté à l’unanimité une loi visant à restituer le Djidji Ayôkwé , un tambour sacré volé par les forces coloniales en Côte d’Ivoire en 1916 Ce grand tambour en bois sculpté était autrefois utilisé par le peuple Ebrié , dans le sud côtier du pays Il servait à rassembler les gens, annoncer les messages royaux et renforcer l’identité de la communauté Bientôt, il retrouvera sa terre d’origine Là-bas, il ne sera pas juste un objet ancien, mais un symbole vivant de mémoire collective et de dignité Je suis enseignant en études sur la paix et les conflits Mes recherches portent souvent sur le rôle des musées et des expositions artistiques dans la promotion de l’unité En tant que participant et chef de projet à l’exposition Journeys of Peace (Voyages de la paix) au Kenya, j’ai analysé comment les objets culturels exposés pouvaient contribuer à rapprocher des communautés divisées et favoriser la réconciliation En Côte d’Ivoire, nation marquée par des guerres civiles , le Djidji Ayôkwé peut devenir un puissant symbole de paix Il peut contribuer à panser les blessures ethniques et politiques En s’inspirant des enseignements tirés de l’exposition au Kenya, je pense que le retour de ce tambour pourrait transformer un moment de restitution en un véritable mouvement de réconciliation Cet héritage culturel, ancré dans le passé, a un pouvoir immense pour façonner un avenir commun Journeys of Peace (Voyages de la paix) a été organisé par la Community Peace Museums Heritage Foundation du Kenya et l’organisation non gouvernementale suédoise Cultural Heritage Without Borders Au cours de la tournée de l’exposition, j’ai été témoin du pouvoir des objets culturels – tabourets, calebasses, chasse-mouches, ceintures de femmes – pour réparer des communautés fracturées Ces objets traditionnels ont été délibérément choisis pour leur importance culturelle et leur capacité à toucher les communautés locales Il s’agit d’objets traditionnels du quotidien imprégnés d’une signification symbolique, représentant un patrimoine et une identité communs Leur rôle réside dans leur capacité à susciter le dialogue et la réconciliation En un an, l’exposition itinérante a touché plus de 4 000 personnes dans les zones rurales du Kenya, transformant ces objets en outils de dialogue communautaire À Pokot, dans l’ouest du Kenya, où les conflits liés au vol de bétail sont fréquents, j’ai vu des anciens utiliser des objets similaires à ceux présentés dans l’exposition pour organiser des veillées pour la paix et réconcilier deux communautés ennemies, les Pokot et les Tugen, divisées par le vol de bétail À Samburu, une communauté de la région du North Rift qui a connu des conflits interethniques entre communautés pastorales rivales pour le pâturage, des guerriers ont troqué leurs armes contre des bâtons de marche Ils ont embrassé la paix grâce à leur patrimoine Ces moments m’ont montré que les objets culturels ne sont pas des reliques, mais des points d’ancrage vivants pour l’identité et la guérison Nous ne nous sommes donc pas contentés d’exposer des objets, nous leur avons donné vie Les communautés les ont touchés, ont partagé leurs histoires et les ont utilisés pour affronter des questions douloureuses telles que les violences ethniques, les conflits fonciers et même les mutilations génitales féminines À Machakos, une région de l’est du Kenya, les paroles d’un élève m’ont frappé : Je ne savais pas que nous avions autant en commun avec nos voisins Cela m’a redonné foi en l’humanité Les objets ont suscité l’empathie et la confiance, ce qui a donné des résultats concrets : le retour du bétail, la réouverture des marchés et la mise en place de partenariats avec les autorités locales Le Djidji Ayôkwé porte la même promesse pour la Côte d’Ivoire, un pays qui se remet encore de deux guerres civiles dévastatrices La première , de 2002 à 2007, a opposé les rebelles du nord aux forces gouvernementales du sud Elle était alimentée par des tensions ethniques et régionales La seconde , de 2010 à 2011, a éclaté après une élection contestée, faisant plus de 3 000 morts et creusant les divisions entre les groupes ethniques tels que les Ebrié, les Baoulé et les Dioula Le tambour, voix sacrée des Ebrié, a été réduit au silence pendant la période coloniale Cette perte fait écho au silence imposé aux communautés pendant les conflits Son retour offre une chance de restaurer cette voix et de favoriser l’unité et la réconciliation, comme nous l’avons vu lors de l’exposition au Kenya Le tambour, qui était autrefois une force unificatrice lors des rassemblements des Ebrié, peut devenir un symbole de paix Une cérémonie de bienvenue organisée par la communauté, en collaboration avec les anciens, les jeunes, les artistes et les historiens ébriés, pourrait marquer son retour par des rituels, de la musique et des récits, pour renouer avec sa fonction de voix de la communauté Des dialogues sur sa signification, ses chants, ses silences et ses histoires pourraient contribuer à combler les divisions ethniques, en invitant des groupes tels que les Baoulé et les Dioula à participer au processus de guérison A l’image des Journeys of Peace, on pourrait faire découvrir le tambour aux régions touchées par les conflits, en intégrant des récits oraux et des performances afin d’en faire un emblème vivant de paix Ces rencontres pourraient offrir un espace pour traiter les tensions persistantes, comme les disputes foncières ou la méfiance entre communautés L’inclusion, pierre angulaire de Journeys of Peace, est essentielle pour la Côte d’Ivoire Les femmes, souvent gardiennes de la culture, et les jeunes, qui ont grandi dans le sillage de la guerre, doivent être au cœur de ces efforts En intégrant le tambour dans les programmes éducatifs, les ateliers de consolidation de la paix ou les festivals culturels, la Côte d’Ivoire peut donner à ces groupes les moyens de reconstruire une identité nationale commune Comme nous l’avons appris au Kenya, quand une communauté s’approprie son patrimoine – en le touchant, en l’écoutant, en y ajoutant sa touche – elle renforce sa capacité à agir et à réconcilier au-delà des divisions Le retour des Djidji Ayôkwé s’inscrit dans un mouvement plus large visant à réparer les injustices coloniales liées au pillage d’objets culturels , des bronzes du Bénin aux trésors royaux de l’Éthiopie Journeys of Peace m’a appris que la restitution ne se résume pas à rendre des objets Il s’agit de leur redonner le pouvoir de transformer des vies Participer à l’exposition m’a montré que le patrimoine culturel est une force pour le présent, et pas seulement un souvenir du passé Au Kenya, nous avons appris que lorsque les objets sont mis en valeur, ils font plus que nous rappeler qui nous étions Ils nous révèlent aussi qui nous pouvons devenir Originally published on The Conversation All Zim News is a central hub for all things Zimbabwean, curating news from across the country so no story is missed Alongside 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Source: Theconversation

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